Lundi 26 octobre 2009



Alain Badiou

La philosophie et l’événement


avec Fabien Tarby

Et une introduction à la philosophie d'Alain Badiou

192 p | 16 euros

 

 

 

 

978-2-917285-13-8


Parution le 20 janvier 2010


Des précisions sur cet ouvrage très bientôt, ici même.

Par Sancho - Communauté : La commune des philosophes
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Lundi 26 octobre 2009




L’usage du tamis en philosophie

 

Une initiation inattendue à la philosophie

 

par Jean Tellez

 

 

192 p | 14 | 978-2-917285-14-5

 

Parution 17 mars 2010


   Et si la lecture des grands textes philosophiques s’apparentait à la recherche de l’or ? Si un lecteur n’avait de chances d’avancer en philosophie qu’en se faisant délibérément prospecteur d’or ? La difficulté, souvent redoutable, de la plupart des grands textes philosophiques, serait éclairée par là. Elle ne paraîtrait plus insurmontable, elle ne provoquerait plus le découragement. Le chercheur d’or se décourage-t-il de remuer et tamiser sans se lasser alluvions et fonds de rivières ?

 

   Le chercheur d’or se lance souvent en aveugle. Il lui arrive aussi de se précipiter sur des lieux où d’autres ont trouvé des pépites. Le lecteur de philosophie, lui-même, se lance en aveugle ou se laisse guider par des traditions et des commentaires qui l’ont précédé. Mais ces derniers l’orientent excessivement, le guident et lui font voir d’avance ce qu’il trouvera. Ils lui disent comment, ils lui disent où, ils prétendent éliminer toute la part de la surprise et… de la prospection.

 

   Le chercheur d’or ne se laissera jamais voler le bonheur de la prospection. C’est pourquoi la moindre paillette d’or, trouvée, après des heures d’efforts, dans le sable et le gravier, le remplit de joie.

 

  Si la lecture des grands textes philosophiques s’apparente à une prospection, c’est que ces grands textes sont avant tout des gisements. Leur grande valeur est de dissimuler paillettes, pépites et filons aurifères. Les lire, c’est donc les tamiser.

 

   Certes, il convient au préalable d’être assuré que les textes philosophiques ont bien quelques chances d’être des gisements. Le livre s’efforce de convaincre le lecteur qu’il en est bien ainsi. A la manière d’un roman, il raconte l’origine de la philosophie et explique pourquoi les philosophes ont préféré enfoncer dans leurs discours leurs idées les plus brillantes, plutôt que les exposer ouvertement.

 

   C’est un roman épique passionnant qui s’est écrit sous le nom de philosophie. L’enseignement de Socrate, sa condamnation à mort, la floraison des nombreuses écoles grecques sont les premières étapes d’une épopée dont tous les grands textes philosophiques, aujourd’hui encore, se ressentent. Les échos de cette histoire, c’est cela l’or qu’ils conservent en eux.

 

Il ne reste plus qu’à s’initier au maniement du tamis, en philosophie.     

Par Sancho - Communauté : La commune des philosophes
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 25 octobre 2009

   
  

   Socrate amène brusquement au jour le fond inavouable des pensées d’Alcibiade. Ce faisant, il suggère ce qu’est cet exercice qui se nommera bientôt « philosophie ». Il consiste à mettre vivement en lumière le lieu originaire de nos pensées, le lieu où elles naissent ou dont elles naissent. Il n’est pas impossible, en l’occurrence, que cette mégalomanie, présente chez Alcibiade de manière spectaculaire – et qui couve vraisemblablement en chacun de nous –, ne soit un terrain favorable à l’exercice philosophique. Notre partie mégalomane serait la plus apte à comprendre ce qui se trame silencieusement en nous sous le nom de « philosophie »… Socrate lui-même semble le confirmer, car il ne paraît pas en reste sur cette mégalomanie. Il confie à Alcibiade qu’il estime être le seul à pouvoir l’aider à réaliser ses ambitions. Être le premier entre les hommes, égaler ou dépasser en puissance et gloire Cyrus et Xerxès, en tout cela Socrate se présente aux yeux du jeune homme comme l’homme de la situation. Il le serait d’autant plus qu’il se sent désormais autorisé par la puissance divine, le « démon », qui surveille ses faits et gestes.

   Certes, les deux tendances d’Alcibiade et de Socrate ne semblent pas comparables. La première paraît relever beaucoup plus nettement du délire de grandeur. La seconde est beaucoup plus difficile à qualifier. Socrate paraît détenir une clé de la puissance et de la gloire, une formule quasi miraculeuse de la réussite. Il ne s’avance certainement pas vers son interlocuteur avec l’arsenal des conseils de prudence et de sagesse qu’un jeune homme attend d’ordinaire de l’un de ses aînés. C’est plutôt à un Méphistophélès abordant Faust qu’il fait songer ici. La clé qu’il livrera n’ouvre pas quelque domaine du raisonnable. Elle ouvre plutôt la porte du fantastique. Déjà ce que Socrate promet : autant, sinon plus, de puissance et de gloire que les plus grands monarques du monde, est littéralement fantastique. Il s’est retenu longtemps de parler : Alcibiade n’étant pas prêt, le « démon » ne donnait pas à Socrate de signal favorable. Mais cette longue période d’attente fait aussi pressentir la nature hors du commun des choses que Socrate va révéler. Il a longtemps différé, comme si le secret qu’il avait à confier était immense.

   Certes, Platon ne dit pas explicitement que Socrate s’apprête à confier un immense secret à Alcibiade. Mais cette intention ressort implicitement de l’entretien. On voit Socrate aborder son jeune ami pour lui confier un important savoir. Il se prépare donc à lui souffler à l’oreille le moyen de réussir dans ses projets politiques au-delà de toute espérance raisonnable. Cela a bien l’aspect d’un secret. Dans la République, un ouvrage sans doute postérieur à l’Alcibiade, Platon associera explicitement l’art politique authentique à la possession d’un savoir destiné à quelques très rares privilégiés, voire à un seul : le gouvernant.

   Ce long dialogue est bâti autour d’une trame assez étrange et déroutante. On y voit les interlocuteurs de Socrate le contraindre quasiment à définir la justice et à démontrer, en outre, que la conduite juste est toujours préférable à la conduite injuste. Après quelques atermoiements, le philosophe finit par accepter. Il affirme toutefois ne pas pouvoir définir la justice s’il ne la montre pas en œuvre dans une bonne constitution. Pour cela il entreprend tout bonnement de fonder en imagination une cité idéale… Ce vaste détour explique en grande partie la longueur de l’ouvrage. Mais cette longueur semble avoir une autre explication : il est peut-être difficile à Socrate (en fait, à Platon) de s’expliquer ouvertement sur ce qu’il estime être l’essence de la justice et, dès lors, la nature d’une bonne morale et d’une bonne politique…

   Cette difficulté à s’expliquer est liée à l’impossibilité de dévoiler un secret dans les conditions publiques de l’entretien. C’est ainsi que le procédé imaginé par le Socrate de la République pour définir ce qu’il entend par justice est excessivement délicat et inutilement compliqué. Il faut s’assurer, en effet, que l’on fonde une cité authentiquement juste. Mais ce but paraît si difficile à atteindre qu’on ne peut imaginer personne d’autre pour le mettre en œuvre qu’un authentique philosophe ! Pour songer à aller plus loin, il nous faudrait donc disposer de philosophes véritables, prêts en outre à prendre en main les affaires de la cité. Autant dire que les difficultés sont considérables ! Notons qu’elles ne rendent pas seulement la bonne politique fort embarrassante à concevoir, elles rendent difficile la progression même d’un dialogue qui devait nous éclairer sur la nature de la justice ! Socrate, en tout cas, pense résoudre cette difficulté en proposant d’imaginer que l’on initie certaines natures exceptionnelles à la philosophie : on en ferait des philosophes destinés à gouverner. Cela reporte la difficulté : comment forme-t-on des philosophes-rois ? Socrate s’efforce avec beaucoup de bonne volonté de dresser un plan complet d’éducation. Mais il s’avère très vite qu’on ne peut aller au fond des choses. Une idée essentielle finit par apparaître qui expliquera les longueurs, les détours, les sur-places de la recherche. On ne devient philosophe que par un certain savoir : la connaissance du « Bien ».

   Ne nous posons pas trop vite des questions sur la nature de ce Bien. Il se trouve en effet que Socrate n’en dira pas grand-chose de clair et de direct, se refusant à toute précision sur la question, qualifiant cette dernière de « trop élevée », hors de la portée pour ses interlocuteurs Adimante et Glaucon… Retenons seulement qu’on ne devient philosophe, connaisseur de l’essence de la justice et apte au meilleur gouvernement imaginable, qu’en disposant de la connaissance du Bien. Quant à la nature de ce dernier, elle apparaît bel et bien impossible à dévoiler, c'est-à-dire secrète. Dans ces circonstances, nous avons tout lieu de penser que le dialogue Alcibiade expose ce secret que la République refuse de livrer. Les conditions initiales sont en effet exactement contraires. Dans la République, ce sont Adimante, Glaucon et quelques autres qui contraignent quasiment Socrate à parler. Dans l’Alcibiade, c’est Socrate qui aborde Alcibiade pour lui parler. De quoi va-t-il lui parler ? Du moyen de devenir un excellent gouvernant, meilleur que les rois de Lacédémone et de Perse réunis. En outre, Alcibiade est de toute évidence une de ces natures exceptionnelles, un spécimen de cette « race d’or » dont on fait, selon la République, les authentiques philosophes… 

Par Sancho - Communauté : La commune des philosophes
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 25 octobre 2009

    
  


L'usage du tamis en philosophie, extrait, à paraître en mars 2010

Partons donc à la recherche des pensées de Socrate. Pour cela entrons dans l’œuvre de Platon en géologues amateurs. Nous scruterons les sols à la recherche d’indices révélateurs. Il nous arrivera de ne pas comprendre grand-chose à la configuration visible des sols. Nous soupçonnerons qu’elle est le résultat de mouvements souterrains profonds qui ont façonné la surface. Cela nous donnera l’espoir de voir apparaître, ci et là, des éléments du sous-sol remontés au hasard de ces mouvements.

   Mais revenons à Socrate abordant Alcibiade en pleine rue. Il lui annonce avoir longtemps attendu de le faire, peut-être hésité. N’aurait-il pas été intimidé par le beau jeune homme ? Ou par autre chose que la beauté d’Alcibiade lui faisait sans cesse revenir à l’esprit ? Pour sa part, il préfère alléguer son « démon » qui l’aurait empêché jusqu’à ce jour d’agir. Ce n’est pas le moindre des mystères de Socrate : ce « démon » qui le retient d’agir et de parler en certaines circonstances, et auquel il obéit toujours scrupuleusement. Aujourd’hui, le démon autorise Socrate à se lancer, à oser. À oser quoi ? À exprimer son amour, à l’extérioriser. Notons déjà cette singularité. Dans la plupart des dialogues de Platon, Socrate aborde ses interlocuteurs dans l’intention de les amener à exprimer des pensées, à extérioriser des opinions. Il se livre ensuite à l’examen de la valeur de ces pensées et opinions. Ici, c’est Socrate qui se présente d’emblée comme quelqu’un qui se décide à parler, à extérioriser.

   Il aime Alcibiade. Il désire donc pour lui le meilleur imaginable. Depuis longtemps, il l’observe, conduisant cette observation avec une singulière application : de façon très soutenue et sans que rien ne lui échappe. Sans attendre, il révèle au jeune homme la profondeur de la connaissance qu’il a acquise sur lui. Il a compris qu’il se préparait, dès sa plus tendre adolescence, à la carrière de chef. Il sait qu’Alcibiade s’est forgé une invincible certitude de sa supériorité. Il regarde de si haut tous ses prétendants, qu’il les décourage l’un après l’autre. Pour tout dire, il se sent d’une race supérieure, s’estimant exceptionnel entre les hommes. Les raisons ne lui manquent certes pas. Il est beau. Il est riche. Du côté de sa mère comme de son père ses origines sont illustres, et il a grandi à l’ombre de Périclès.

   Il est essentiel de noter que l’histoire que nous allons raconter parle, dès les premières lignes, de prestige, de puissance, de richesses, bref de noblesse. Socrate aborde un jeune homme si profondément à l’aise dans son aristocratique nature qu’il est persuadé d’être le premier entre tous les hommes de sa cité. L’habitude qu’il a prise de regarder ses amis, amants et concitoyens de haut est, sans doute, une chose qui attire irrésistiblement Socrate. Cela même qui a fini par rebuter tous les amants et courtisans, a éveillé au contraire l’intérêt de ce dernier. Il reste quand tout le monde s’est retiré. Il reste avec une idée derrière la tête. Quelle idée ?

   C’est précisément ce qui intrigue Alcibiade. Que peut lui vouloir Socrate ? Il s’apprêtait lui-même à l’aborder et à le lui demander. Cette curiosité d’Alcibiade est communicative. Nous sommes à notre tour intrigués par ce que Socrate pourrait bien avoir à dire en la circonstance. Nous savons sa réserve, son habitude de ne pas livrer spontanément le fond de ses pensées. Or, Socrate va communiquer l’une de ses pensées, peut-être sa pensée essentielle. Tout indique qu’elle sera du plus haut intérêt. Nous avons un indice net : il ne s’agit pas d’une pensée qu’on livre en quelques mots. C’est une pensée qu’on exprime sans se presser et qui est, peut-être, inépuisable, inachevable : « Il ne serait pas étonnant, dit-il, que, de même que j’ai commencé avec peine, j’ai autant de difficulté à terminer. »

    La suite réserve une surprise. Pressé de parler par Alcibiade, Socrate commence par mettre à nu la pensée la plus silencieuse, la plus inavouable de ce dernier. Au moment de se découvrir, c’est Alcibiade qu’il découvre ! Ce jeune homme inexpérimenté qui s’apprête à monter pour la première fois à la tribune de l’assemblée, quelle pensée secrète brûle-t-elle en lui ? Convaincre tout bonnement les Athéniens qu’il mérite d’être honoré plus que Périclès et même plus que tout autre qui ait jamais existé ! La Grèce entière, l’Europe même, sont trop petites pour l’ambition qui le dévore. L’Asie, voire le monde entier y suffiraient à peine ! Les égaux que se reconnaît ce débutant en politique sont, à la rigueur, Cyrus le Grand qui fonda l’empire perse et Xerxès qui conduisit les armées asiatiques jusqu’à Athènes ! Il ne songe pas seulement à bien administrer les affaires de la cité – d’ailleurs y songe-t-il vraiment ? – il veut surtout que la terre entière soit remplie de son nom et de sa puissance. Bref, c’est de la mégalomanie que Socrate vient de mettre à jour chez Alcibiade.

   Ce dernier, d’ailleurs, ne confirme ni ne dément ces tendances mégalomanes. C’est logique. S’il confirmait, il avouerait que ses ambitions politiques sont le fruit d’un délire narcissique. Il ne peut non plus démentir : ces tendances sont trop fortes et trop évidentes. Il se contente de répliquer : « Si je dis le contraire, je ne pourrai en rien davantage t’en persuader. Soit ! »

Par Sancho - Communauté : La commune des philosophes
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 19 octobre 2009

  
   



L'usage du tamis en philosophie, extrait, à paraître en mars 2010

 


   Dans une rue d’Athènes, Socrate aborde Alcibiade. Le jeune homme n’a pas encore vingt ans. Il s’apprête à commencer une carrière politique qui pourrait bien le conduire très haut et très loin. Il est issu des plus puissantes familles de la cité et semble doué d’évidentes capacités de chef. Socrate, depuis longtemps, le suit à distance, silencieux, perdu dans la foule de ses admirateurs et amants. Pourquoi le suit-il ainsi ? Pour de mystérieuses raisons, comme le montrera la suite de cette histoire. Mais Socrate suit aussi Alcibiade comme son ombre pour une raison claire et toute naturelle : il l’aime.

   Qui est ce Socrate ? D’origine modeste, sans fortune, affublé d’un physique ingrat, toujours pieds nus, vêtu d’un vieux manteau, il n’en fascine pas moins nombre de ceux qui l’approchent. Il en inquiète aussi beaucoup d’autres. Quelques admirateurs et amants le suivent enthousiastes – sans doute moins nombreux que ceux d’Alcibiade. Pourquoi fascine-t-il ? Pourquoi inquiète-t-il ? Si l’on pouvait tout de suite répondre à ces questions, on aurait éclairé l’origine de la philosophie. Car Socrate est le personnage clé de toute l’histoire de la philosophie. Une aventure intellectuelle extraordinaire commence avec lui.

   Cette aventure n’est pas achevée aujourd’hui, elle demeure riche de potentialités comme aux premiers jours. Pour en retrouver l’esprit, pour nous laisser emporter à nouveau, il suffirait de retrouver les pensées que Socrate exprimait. Cela permettrait de saisir, en une vision directe, ce qu’est une philosophie. On verrait chacune naître d’un terreau originel. On en comprendrait les virtualités ; on verrait que l’aventure philosophique ne fait que commencer.

   Mais peut-on retrouver les pensées de Socrate ? On pourrait juger la tâche est désespérée. L’homme n’a pas laissé d’écrits. En outre, les témoignages assez nombreux que nous avons sur lui ne s’accordent guère. Nous disposons toutefois d’un témoignage capital. Platon nous a transmis plusieurs magnifiques portraits de Socrate. Il a mis dans sa bouche d’innombrables propos, certains d’une grande banalité, d’autres obscurs, d’autres éblouissants. Son œuvre a toutes les chances – nous nous en convaincrons progressivement – d’être la meilleure des sources.

   Allons-nous prendre pour argent comptant tout ce que Platon rapporte de Socrate, tous les propos qu’il lui prête ? Évidemment, non. L’auteur de la République n’a sans doute jamais cherché à livrer un témoignage complet et transparent sur celui qui fut l’initiateur et l’inspirateur de son œuvre. Par ailleurs de très nombreux indices du plus haut intérêt sont dispersés dans l’ensemble de cet œuvre. Ils suggèrent que Platon n’a pas reçu de son aîné un enseignement à proprement parler. Ce qu’ils laissent voir est plutôt un choc. Socrate apparaît comme quelqu’un qui a profondément déstabilisé le jeune homme qu’était Platon. Cette déstabilisation a pu être angoissante, elle a été aussi enivrante. Le rapport entre les deux hommes n’est donc pas celui de maître à disciple. Un maître conforte, rassure, transmet des certitudes, il ne fait pas perdre la tête.

   De quelle façon transmet-on la figure et les propos de quelqu’un qui déstabilise, traumatise et, dans le même temps, émerveille ? Notons qu’il sera très difficile d’être fidèle, très délicat d’être objectif. On donnera sans cesse à voir son trouble, on revivra toujours à nouveau son malaise. Les aspects enivrants et fascinants étant eux-mêmes déstabilisateurs ne sont pas plus faciles à dévoiler. Comment, donc, transmet-on l’héritage que l’on a reçu dans de telles conditions ? Sans aucun doute en le recréant, en le soumettant à une réélaboration, en faisant une œuvre littéraire ou artistique… L’intérêt de cette option est double : on cache en partie son trouble toujours prêt à renaître, et on le transforme en force créatrice. Ajoutons qu’il est impossible de ne pas laisser voir une pensée qu’on veut cacher. Des éclats, des fragments reviennent sans cesse à la surface. Une œuvre qui se construit sur de telles bases devient un terrain à prospecter… une aubaine pour les chercheurs d’or.  

   Il se trouve que nous serons vite convaincus, pour peu que nous aventurions dans la lecture de Platon, de l’aspect de terrain à prospecter qu’offre la totalité de son œuvre. De très nombreux passages donnent l’impression d’une recherche harassante. Par moments cette recherche se perd dans des détails fastidieux, à d’autres moments, elle n’aboutit à rien de clair. Elle procure cette exaspération particulière du chercheur d’or qui ne trouve pas de pépites là où tout paraissait en indiquer la présence. Mais voilà, soudainement le texte s’ouvre, des idées brillantes, des images au charme étrange surgissent, comme cette « allégorie de la caverne », au beau milieu du long et tortueux livre qu’est la République. La forme de dialogue qu’ont toutes les œuvres de Platon explique en partie cette singularité. Un dialogue réserve en effet toujours des surprises. La prise de parole soudaine d’un interlocuteur, l’idée éveillée chez quelqu’un par une remarque incidente, la gêne que l’on peut montrer à répondre à une question ou, au contraire, la soudaine inspiration qui gagne, tout cela fait que le dialogue est fort apte à faire surgir des trouvailles inattendues.

Par Sancho - Communauté : La commune des philosophes
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

Hernani Cor

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Catégories

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus