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  • : LA PHILOSOPHIE CHEZ GERMINA
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9 juillet 2013 2 09 /07 /juillet /2013 19:29

Marc Babonnaud, Dominique Darrip

Leçons sur la politique

 

 

Ouvrage destiné à la préparation de la leçon sur « la politique », au concours 2014 de l’agrégation de philosophie.

 

Cet ouvrage propose des exemples de « leçons » sur la politique, en conformité avec les exigences de cette épreuve orale du concours de l’agrégation de philosophie. Ces exigences sont rappelées à l’occasion des rapports des jurys d’examen. Les candidats connaissent en général ces dernières, mais il est grandement utile de leur montrer que l’on peut y satisfaire sous des formes très diverses.

L’une des clés pour une bonne leçon sur la politique est certes une connaissance satisfaisante des principaux penseurs de la politique. Mais une autre clé est de savoir quel usage pertinent on peut en faire dans une argumentation philosophique passant par l’oralité. Ce savoir est difficilement transmissible en dehors de l’exemple. 

Les leçons proposées sont rédigées par deux auteurs, aux orientations et aux styles différents. Leur variété exprime en outre toute la diversité possible des sujets. Les auteurs ont choisi et libellé les sujets afin de couvrir le mieux possible l’étendue des questions soulevées et suscitées par « la politique ».

Ces questions rencontrent et articulent les concepts de pouvoir, de puissance, d’autorité, de cité, de citoyenneté, de souveraineté, de droit, de justice, de violence, d’éthique, de légalité, de légitimité, de démocratie, de liberté, de droits de l’homme, de représentation, de communauté, de communication, de bien commun, de décision, de technique, de rationalité, de révolution, de révolte, de subversion, d’histoire, d’idéologie, de vérité, d’amitié, de bonheur… 

Il importe de souligner qu’il n’y a pas de question politique qui ne renvoie à des débats réels qui ont lieu dans la société. La problématisation philosophique doit se faire ici attentive à la brûlante actualité qu’ont toujours les questions politiques, tout en sachant prendre la distance exacte qui définit la spécificité de la philosophie.

 

Marc Babonnaud est agrégé de philosophie, docteur en philosophie, auteur d'un ouvrage et de plusieurs articles. Il enseigne actuellement en Première supérieure au lycée Camille Jullian de Bordeaux.

Dominique Darrip, agrégée de philosophie, enseigne la philosophie et l’histoire des arts au lycée François Mauriac de Bordeaux.

 

COLLECTION : Iris, Notions philosophiques

13 x 20,5 / 130 p. / 10,90 €

ISBN : 978-2-917285-58-9

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9 juillet 2013 2 09 /07 /juillet /2013 19:08

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Alain Saudan

Penser Dieu autrement, L’œuvre d'Emmanuel Falque

parution en septembre 2013, 190 p., 16 euros

 

Extraits

 

   Le présent ouvrage est le résultat d’une rencontre avec  d’Emmanuel Falque, que l’on souhaiterait partager avec d’autres. Il est aussi fondé sur un pari : Emmanuel Falque nous offre une possibilité de penser Dieu (…) dans un monde où il parait parfois ne plus avoir de place. (…) La question n’est plus aujourd’hui de prouver l’existence ou la non-existence de Dieu, ni même de trouver la bonne manière d’en parler, mais de savoir si on peut encore en parler. Les discours traditionnels et modernes « sur » Dieu, théologiques et philosophiques, paraissent impuissants. Emmanuel Falque entend relever le défi en partant, pourrait-on dire de manière schématique, de ce que Dieu dit aussi de lui-même, mais en sachant qu’il ne peut être compris qu’à travers l’expérience et le langage humains.

   Une telle possibilité ainsi offerte de « penser Dieu » est susceptible de s’adresser à un vaste public. Elle n’est pas réservée aux théologiens et aux philosophes. Elle peut intéresser aussi ceux qui ne partagent pas la foi d’Emmanuel Falque, mais vivent la même époque et considèrent qu’il vaut la peine de méditer l’héritage du christianisme. Maurice Blondel ne disait-il pas : « L’important est non de parler pour les âmes qui croient mais de dire quelque chose pour les esprits qui ne croient pas[1]. » La présentation du christianisme par Emmanuel Falque révèlera des traits qui pourront surprendre ces esprits qui ne croient pas, mais les éclairera aussi sur les fondements de leur propre culture, les conduisant à une meilleure compréhension d’eux-mêmes à travers un langage souvent oublié ou ignoré, dont ils découvriront toute la fécondité.

   Le but d’Emmanuel Falque n’est pas en premier lieu apologétique. Il s’agit pour lui de rendre le christianisme « crédible » et pas seulement « croyable », intelligible, cohérent pour notre temps et pas seulement objet de foi. Sa présentation du christianisme, riche de toute une tradition aux multiples contenus, passe par une appréhension de l’homme d’aujourd’hui.  Elle peut ainsi rendre le lecteur apte à statuer sur le sort à réserver, dans sa pensée et son existence, à un héritage, dont il pourra librement et lucidement évaluer la dimension encore prometteuse.



[1] Maurice Blondel, Lettre sur les exigences de la pensée contemporaine en matière d’apologétique, PUF, 1956, p.7.

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9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 19:02

   Dans le journal Libération des 8 et 9 mai 2013, le dernier livre de Jean-Pierre Faye, Lettre sur Derrida, Combat au-dessus du vide (Germina, mars 2013) a été mis en cause dans une lettre signée de huit membres du collège international de philosophie, dont Jean-Luc Nancy et Barbara Cassin. Estimant que le livre est une attaque de Derrida, ces philosophes s’ingénient à laver la « déconstruction » et la critique du logocentrisme de tout soupçon d’affinité avec le nazisme. Or le livre de Jean-Pierre Faye n’explorait guère ces sentiers douteux. Il s’agissait plutôt de relever un simple aveuglement ponctuel de Derrida quant à l’histoire accomplie, et tragiquement traversée, par les concepts heideggeriens (et derridiens) de déconstruction (Abbau) et de « dépassement de la métaphysique », mais aussi par la critique du logocentrisme de Ludwig Klages. Que ces concepts aient traversé, en une partie de leur histoire, le paysage nazi, cela était à souligner. L’excès d’agressivité dont la missive faisait montre l’affaiblit par là même.

   Jean-Pierre Faye a pu répondre à l’attaque dans l’édition de Libération du 24 mai. Dans Le Nouvel Observateur du 30 mai 2013, Eric Aeschimann, revient sur l’affaire, mais dans une perspective autre : les dessous de la fondation du Collège international de philosophie. Il faudrait bien, en effet, rendre compte et mémoire de cette péripétie, qui a vu l’initiateur du projet (Jean-Pierre Faye) devenir l’exclu même du projet, et le second venu (Derrida) y pendre le pouvoir. Qu’un philosophe puisse avoir une telle aptitude à la mainmise sur une institution pose au moins un problème, qu’il était utile de soulever.

   Par ailleurs, la fascination des intellectuels français pour des penseurs compromis avec le nazisme comme Heidegger et Carl Schmitt, doit elle-même être interrogée. N’en déplaise à beaucoup, c’est à nouveau Derrida qui doit nous poser problème, lui qui s’inspirait abondamment de Heidegger et admirait le juriste allemand, inventeur de « l’État total », forme allemande, selon Schmitt lui-même, de l’État totalitaire du fascisme italien. Encore une fois, il ne s’agit pas d’attaquer Derrida, mais de l’interroger.      

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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 13:24

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Pierre Faye analyse la conférence méconnue de Carl Schmitt : « Économie saine dans un État fort », tenue le 23 novembre 1932 devant les membres de « L’Union au Long Nom » (ou « Union pour la conservation des intérêts économiques communs en Rhénanie et Westphalie »). Schmitt y énonce la nécessité pour l’Allemagne d’un « État total », équivalent allemand à ses yeux de « l’État totalitaire » de l’Italie fasciste.

Cette prise de parole aura un effet décisif : trente-cinq représentants de la finance et de l’industrie allemandes, auditeurs de la conférence, adresseront une pétition à Hindenburg, président du Reich. Ils l’inciteront à appeler le « chef du grand mouvement » au poste de chancelier du Reich. Ce « mouvement » est le déjà criminel NSDAP : le Parti national-socialiste ouvrier allemand, le parti « nazi ». Le 30 janvier 33, Hitler sera chancelier. En neuf semaines, la conférence de Schmitt aura eu pour effet d’abattre tous les obstacles à l’avènement du Troisième Reich.

La formule de « l’État total » a donc su transmettre aux temps et aux langages une charge à l’énergie insoupçonnée, porteuse des plus grands crimes. Ainsi est révélée la responsabilité centrale de Schmitt dans la mise en place du nazisme. Ce juriste, qui étrangement apparaît pour beaucoup aujourd’hui comme un penseur politique de référence, n’a d’abord avancé qu’une seule carte d’un jeu mortifère. Mais c’était une carte maîtresse, elle était dangereusement efficace pour faire passer le pire dans l’Histoire.

Il était intéressant de lire en parallèle les « Journaux » de Schmitt et de mesurer l’attention portée par le juriste aux événements, dans les semaines qui précèdent et suivent l’arrivée d’Hitler à la chancellerie du Reich. Ce qui frappe est cependant la banalité quotidienne qui transparaît dans ces notes.

 

Si ce n’est, peut-être, qu’un mot va lui paraître acquérir un poids nouveau : « Jude », « juif ». C’est son propre rôle, dans le nazisme, à lui Carl Schmitt, qu’il va découvrir par là…

 

Jean-Pierre Faye est philosophe, romancier, poète, dramaturge ; créateur en 1967, avec Maurice Roche et Jacques Roubaud, de la revue Change. Il est notamment auteur de : Introduction aux langages totalitaires (Hermann, 1972), La raison narrative (Balland, 1990), L’expérience narrative et ses transformations (Hermann, 2010). Il a publié aux éditions Germina : Paul de Tarse et les Juifs (2012) et Lettre sur Derrida, Combats au-dessus du vide (février 2013).

 

Parution le 27 juin 2013

16 euros

 

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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 13:16

 

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Élisabeth Badinter est une philosophe qui déchaîne les passions. Plusieurs de ses livres ont connu un succès retentissant. Ils ont provoqué de vives polémiques, mais ont donné lieu aussi à d’intenses débats. L’Amour en plus, en 1980, montrait la nature de mythe de l’instinct maternel. Fausse route, en 2003, dénonçait une dérive victimiste du féminisme. Le conflit, La femme et la mère, en 2010, s’insurge contre le retour en grâce de l’instinct maternel et relève les menaces qu’un nouveau maternalisme fait peser sur la condition des femmes. C’est une grande combattante, qui intervient dans des questions de société touchant à la laïcité et à l’égalité des hommes et des femmes, comme celles de la parité ou du voile islamique. Elle défend un humanisme rationaliste et universaliste qui proclame la ressemblance des hommes et des femmes et, plus généralement, de tous les humains.

Elle s’oppose aux différentialismes culturels et aux communautarismes religieux. C’est enfin une érudite, historienne des « passions intellectuelles » du siècle des Lumières, scrutant les étapes de la naissance de l’intellectuel moderne en ce siècle, et faisant magnifiquement revivre ses figures féminines trop méconnues, comme Louise d’Épinay ou Émilie du Châtelet. Ce livre présente le plus simplement possible la philosophie et les combats d’Élisabeth Badinter. Il voudrait restituer la constance de ses positions, la cohérence de son parcours et la ténacité de son engagement.

Paul Munier est agrégé de philosophie et professeur dans l’enseignement secondaire. Il est l’auteur de plusieurs articles sur Hobbes et responsable de la préparation aux concours internes de philosophie dans l’académie de Bordeaux.

 

En librairie depuis le 15 mai

 

 

16 €

ISBN : 978-2-917285-39-8

Photographie de la couverture :

Catherine Gugelmann, AFP OPALE

 

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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 09:04

 

Jean-Pierre Faye

Lettre sur Derrida

 

 

couv-faye-05-2012

    Cette lettre adressée à Benoît Peeters, auteur d’une biographie de Derrida, narre les étapes, au début des années 80, de la fondation d’un « Collège philosophique international », projet imaginé et lancé par Jean-Pierre Faye. Il deviendra le « Collège international de philosophie ». Il était intéressant de retracer le « timing » exact de ces moments où s’inscrit, comme second venu, le nom de Derrida – puis comme premier, quand il décide de prendre en main la destinée du Collège au cours de l’année 1982.

    Cette histoire pourrait n’être que celle d’une soif du pouvoir qui tourne le dos à une vieille amitié. Mais on peut trouver que ce choix du pouvoir entre en résonance avec les étranges et dangereux choix terminologiques et narratifs de l’auteur de La Grammatologie. Jean-Pierre Faye rappelle que la « déconstruction », l’Abbau de Heidegger, est issue d’un contexte où il s’agit de « regagner les expériences originaires de l’Être dans la métaphysique ». Ces expériences, au temps du Reich nazi, jaillissaient, pour Heidegger, de « la pensée de la race »

   Et Derrida a-t-il eu conscience de ce que sa déconstruction du « logocentrisme » empruntait à Ludwig Klages, l’un des plus célèbres fondateurs de la graphologie ? Le combat de ce dernier contre le logos fut chaudement approuvé par le « Docteur Gœring », neveu du fameux maréchal, et « führer de la psychothérapie »…

    Jusqu’à quel point Derrida comprit-il ce qu’avait de terrible et d’impensé sa volonté de « clôturer » la « métaphysique occidentale » ? Savait-il que le tournant qui amène Heidegger à condamner la métaphysique comme un équivalent du « nihilisme », venait de l’attaque portée contre lui par le recteur SS de Heidelberg, Ernst Krieck, lequel l’accusa, en l’an 34, d’être un « métaphysicien nihiliste », c’est-à-dire proche en l’esprit des « littérateurs juifs »...

    Est-il permis d’ignorer les terribles contextes où s’enracinent des langages, et leurs effets de mort à travers l’Histoire ? La philosophie, n’est-elle pas, avant toute chose, ce langage qui garde mémoire de ses propres langages, de leurs migrations, de leurs effets sur l’Histoire ?

    Jean-Pierre Faye est philosophe, romancier, poète, dramaturge ; créateur en 1967, avec Maurice Roche et Jacques Roubaud, de la revue Change. Il est notamment auteur de : Introduction aux langages totalitaires (Hermann, 1972), La raison narrative (Balland, 1990), L’expérience narrative et ses transformations (Hermann, 2010). En 2012, il a publié chez Germina : Paul de Tarse et les Juifs.

    De Jean-Pierre Faye, les éditions Germina publieront également, en mai 2013 : L'Etat total selon Carl Schmitt.

 

Parution début mars

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 09:38

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   Emmanuel Falque est un philosophe essentiel dans le paysage philosophique d’aujourd’hui. Doyen du Département de philosophie de l’Institut catholique de Paris, phénoménologue, élève de Jean-Luc Marion, mais aussi spécialiste des penseurs patristiques et médiévaux, en particulier de Saint Bonaventure. Il incarne la démarche d’un « philosophe croyant », qui accorde autant de poids à la philosophie qu’à la révélation chrétienne. Il refuse en cela de « s’avancer masqué », de masquer sa foi derrière une philosophie. Il se distingue de philosophes qui se reconnaissent aussi comme « croyants », d’un Paul Ricœur, défenseur d’une philosophie « sans absolu », ou de celui qui fut son maître, Jean-Luc Marion. L’un et l’autre ont en effet revendiqué la totale autonomie de leur démarche philosophique par rapport à leurs convictions religieuses. E. Falque opte lui aussi pour maintenir l’autonomie de la philosophie par rapport à la théologie et à la foi, mais il défend la fécondité de leur rencontre.

   Emmanuel Falque nous offre la possibilité de penser Dieu aujourd’hui dans un monde où il paraît, parfois, ne plus avoir de place. Les discours théologiques et philosophiques traditionnels et modernes, discours « sur » Dieu, paraissent impuissants. Emmanuel Falque entend relever le défi en partant de la révélation chrétienne, mais en montrant qu’elle doit être comprise à travers l’expérience et le langage humains. Cela le conduit à une prise en compte attentive de la finitude humaine, avec un privilège accordé au corps, à l’incarnation, à la parole, à la voix : bref, à la chair du logos, au Verbe incarné.

9782130561231

   Il s’agit de rendre le christianisme « crédible », et non pas seulement croyable, en même temps que d’en faire voir la fécondité philosophique. Comme le dit E. Falque : « Aussi incroyable soit-elle, la Résurrection ne sera pas crédible tant qu’elle ne sera pas devenue un tant soit peu intelligible ».Une telle possibilité ainsi offerte de « penser Dieu » est susceptible de s’adresser à un vaste public. Elle n’est pas réservée aux théologiens et aux philosophes. Elle peut intéresser aussi ceux qui ne partagent pas la foi d’Emmanuel Falque.

   Alain Saudan publie en septembre aux éditions Germina : Penser Dieu Autrement, L’œuvre d’Emmanuel Falque. La date de parution sera communiquée dans quelques jours.   

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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 12:24

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   Il y a une question incontournable de la philosophie du dernier siècle, c’est celle de la « métaphysique ». Comment dépasser la métaphysique ? L’aurait-on déjà dépassée ? Peut-on la dépasser ? Autant le dire tout de suite, comprendre l’enjeu de ces questions, telles que les posèrent les penseurs, est une entreprise presque sans espoir. Trop d’analyses tourmentées, enchevêtrées l’une à l’autre, rituelles, entendues.

    Tout ce que l’on peut dire, c’est qu’il s’est passé, en gros à partir de Nietzsche, quelque chose de crucial dans la philosophie. Cela se préparait chez Kant, lointainement chez Descartes, très lointainement déjà chez les Grecs... Autrement dit, cela couvait dans la forme même prise la philosophie dès ses débuts.

   Cela concerne toutes les grandes constructions intellectuelles, idéologiques, religieuses. Quelque chose indique, dit qu’elles sont toutes autant d’erreurs, et autant de malheurs dont il faudrait s’extirper. Mais quelque chose indique aussi qu'un plus grand malheur encore est de s'en extirper.

   Pour en revenir à la métaphysique, elle-même est construction intellectuelle (système, discours sur le tout de l’expérience, discours sur l’être etc.) et elle est affine en cela à tous les autres montages, échafaudages : idéologiques, moraux, religieux et autres. La situation où s’est trouvée la philosophie est donc celle d’une contradiction absolue. D’une part, elle produisait frénétiquement de l’échafaudage intellectuel, d’autre part chaque penseur sentait, en ses fibres les plus pensantes, que tout cela ne pouvait tenir : quelque chose finissait toujours par montrer que toute construction est caduque (un « édifice », ça marche dans la vie pratique, ça ne marche pas au plan de la pensée…).

   Les deux aspects du phénomène sont d’ailleurs liés : c’est parce que le discours philosophique (comme constitution, construction d’un dicible philosophique) ne tient pas que les discours des philosophes sont fiévreux, frénétiques comme ils le sont. C’est une autre manière de dire que la philosophie est une drogue. Car on peut noter que l’esprit du drogué se coule dans une vie vigoureuse (artificielle), parce que sa vie, sa vraie vie, ça ne marche pas (ça n’arrive pas à se construire).

   Quel est ce quelque chose dont on vient de parler ? On pourrait sans doute le dire directement, mais ce serait dommage. Le côté tranchant du quelque chose nous échapperait. Il nous faut une belle fable qui nous le rende bien lumineux. Rebecca, le film d’Hitchcock de 1940, nous y aidera, espérons-le.

 

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   Le titre est trompeur. On pourrait penser que l’héroïne du film est une certaine Rebecca. Or l’héroïne est une jeune femme dont on ne saura jamais le nom, ni même le prénom. C’est une orpheline qui a dû se mettre au service d’une terrible mondaine, Edythe Van Hopper. Cette dernière ne lui donne jamais que du « mon petit », du « ma chère ». L’orpheline tombe follement amoureuse du sombre Maxime de Winter. Cet homme-là ne manque pas de dénominations ! Il s’annonce à la jeune fille sous une série de prénoms : Georges, Victor, Maximilien, « Maxime pour les amis ». Dans cette histoire, tout le monde aura du nom, l’aura intensément, même un chien, appelé, avec insistance, « Jaspers »… Tout le monde, sauf elle, l’héroïne, le personnage principal…

   Les sentiments éprouvés par Maxime pour l’orpheline ne semblent pas clairs. Ils ne ressemblent pas en tout état de cause à de l’amour. Il la traite avec condescendance, ironie, cynisme même. Il lui adresse un « petite sotte ». Cette dénomination, l’héroïne la reçoit au moment même où Maxime lui propose de l’épouser : « Vous ne voulez pas m’épouser, petite sotte ? » La petite sotte est incrédule, mais elle est aussi terrassée de bonheur et s’empresse de dire oui. Le mariage est expédié, comme une pure formalité.

   Quant à Rebecca, c’est le nom de la première épouse de Maxime, morte noyée (accidentellement, selon toute apparence). Très vite, on sent planer, menaçante, la présence de cette première épouse. Dans le manoir de Maxime, massive et baroque bâtisse, toute la domesticité accueille, en assemblée solennelle, la nouvelle « Madame de Winter ». Voilà ce qu’elle sera désormais : « nouvelle » Madame de Winter. Double négation de son propre nom. En tant qu’épousée, elle reçoit le nom de son mari, en tant que seconde venue, elle vient habiter ce nom secondairement, après une première et prestigieuse habitante. Car tout indique que Rebecca était une incomparable… et irremplaçable épouse. Et son fantôme paraît réclamer avec insistance la place d’héroïne, de personnage principal. Sa chambre, ses robes, ses objets les plus personnels, frappés de son monogramme, sont là, ils attestent de sa sublime élégance, ils signifient que Rebecca règne toujours, qu’elle est la vraie maîtresse de maison, et le sera toujours. Elle est quasiment l’objet d’un culte dont l’officiante en chef est l’inquiétante gouvernante, Mrs Danvers.

   L’héroïne est d'abord désemparée et ne semble pas parvenir à habiter sa nouvelle destinée. Elle est une enfant angoissée qui ne trouve pas sa place. D’autant plus que le soupçon la tourmente sur les sentiments de Maxime. Celui-ci paraît ensorcelé par le souvenir de Rebecca, incapable, donc, d’aimer sa nouvelle femme.

   L’élément fort de ce chef d’œuvre philosophique qu’est le film d’Hitchcock, c’est bien pourtant elle. Elle, l’héroïne sans nom, craintive, mal à l’aise dans un rôle qui se profile trop grand pour elle, mais s’acharnant à y entrer. Elle tente l’élégance, le raffinement des toilettes, elle, la souillon. Elle veut insuffler son esprit, sa jeunesse et ses fantaisies au vieux manoir sinistre, imaginant par exemple une soirée costumée… qui tourne au fiasco. Elle s’était pourtant investie de toute son âme, s’essayant à la création, se confectionnant une robe de rêve. Mais quand elle descend l’escalier dans son accoutrement follement romantique, elle provoque la stupeur et la colère de Maxime qui reconnaît une toilette de Rebecca.

   J’ai raconté un peu longuement cette première partie du film. C’est parce qu’il y a là de nombreux traits significatifs de ce que les philosophes nomment « métaphysique ». Qu’est-ce que la métaphysique ? Elle est une construction, intimidante, en laquelle entre le penseur. Cette construction ne tient que par la puissance écrasante, transcendante d'un nom. Par exemple, dans le livre Lambda de la Métaphysique, Aristote s’aventure dans la pensée d’un principe premier, premier moteur de l’univers, source immobile de tous les mouvements du monde. Ce principe, le penseur aurait pu le laisser innommé, se contentant  de ces désignations : "premier moteur", "cause première", "acte pur". Mais il le nomme : "Dieu", "le Dieu". Sans ce nom, le premier principe n'aurait pu être écrasant et Aristote n'aurait pas eu le sentiment d'entrer dans un domaine intimidant. Il fallait une construction qui résonne tout entière d'un nom, un nom qui ne soit pas celui de l'arrivant, celui du penseur. Ainsi le manoir résonne, tout entier, du nom terrible de Rebecca et nullement de celui de la nouvelle venue, de l'orpheline.

   Entrer en l'antre d'un Autre terrible, cela devrait écraser nos possibilités. Or il se passe exactement le contraire, et c'est là que réside la merveille de la métaphysique.Une très paradoxale audace, une volonté intrépide et touchante de nous affirmer, nous les sans-nom, nous les penseurs métaphysiciens. Qui n'a senti la beauté des constructions métaphysiques? Eprouvez-la en lisant Malebranche et en expérimentant sa "vision en Dieu". On peut aller et venir, déconcerté et muet, dans les longs couloirs, les vastes salles de cette "vision en Dieu" selon Malebranche. Ce qui séduit et trouble, c'est bien entendu l'ampleur, l'audace de ces constructions, mais c'est quelque chose de plus : leur côté totalement décomplexé, devenu tellement inaccessible pour les Modernes... et c'est aussi une profonde candeur spéculative, une naïveté inscrité dans l'effort de penser, et qui le renforce... 

   Tant qu'il y aura des philosophes, on peut penser qu'ils seront habités par une nostalgie de la métaphysique. Car dans les lieux métaphysiques, si les capacités pensantes sont alourdies d’angoisse, elles sont aussi pleines de vigueur et de naïveté. Ainsi, pour revenir au film d’Hitchcock, l’héroïne, tout écrasée qu’elle est par le nom et l’image puissante de Rebecca, n’en montre pas moins une ingénuité délicieuse, une soif naïve de savoir, une volonté déterminée d’être et d’exister pour elle-même. Le tout fait irrésistiblement songer à cette "innocence" de la pensée que Nietzsche exalte. Or cette fraîche ingénuité de la pensée n’est possible qu’en plein régime métaphysique, elle s’évanouit totalement dans l’ère des après, des temps post-métaphysiques. Pour sentir l'heureuse innocence de la pensée, il faut l’écrasement d’un principe premier qui nous étouffe. Il faut un nom qui s’impose infiniment au nom qu’on porte soi-même, le neutralise, le refoule : Théos, Deus, Jahvé, Être… Rebecca.

    En régime métaphysique, la pensée est sans nom d’auteur. Ce qui veut dire ceci : aucun nom propre ne nous alourdit. Écrasés par un seul nom, nous sommes libérés d’avoir un nom. Certes, notre nom est là, mais, comme pour l’orpheline, il est neutralisé. Les modernités, les postmodernités, les déconstructions, les nihilismes, les cynismes, les dandysmes naissent avec la sortie hors de l’état métaphysique. Ils sont tous marqués du nom propre : le nom d’auteur. Par là, ils risquent toujours d’être pauvres, laborieux. De plus ils sont nécessairement atteints, s’ils doivent avoir quelque profondeur, par la nostalgie d’une pensée sans besoin de nom propre.

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   Pourtant l’héroïne de Rebecca finit par comprendre qu’elle a vécu dans une fantastique construction mentale. Elle avait donné indûment une place transcendantale à Rebecca dans la vie de Maxime, où elle venait d'entrer. C’est elle, c’est bien elle, la sans-nom, l’orpheline, que Maxime aime.

   Vers la fin du film, quand on est tout proche du dénouement, Maxime serrant contre lui l’orpheline, son épouse, lui dit : « Elle s’est enfuie maintenant cette expression de candeur si douce que j’aimais ». Et c’est vrai qu’il y a en elle un changement considérable, que le cinéma de Hitchcock rend à merveille : par le silence grave et concentré de l’orpheline dans les bras de Maxime. Comme la Nora d’Ibsen, sans la Maison de poupée, la sans-nom de Hitchcock vient d’accomplir un saut, un sursaut intérieur. Elle est sortie de la spontanéité enfantine et délicieuse. Elle est devenue elle-même. Sauf que Nora accomplit ce sursaut (afin de se chercher elle-même) en comprenant que Torvald, son mari, malgré des apparences fortement contraires, ne l’aime pas. Tandis que l’orpheline, le fait en réalisant que Maxime, malgré des apparences tout aussi fortement contraires, l’aime, et n’aime qu’elle. La similitude des situations montre que nous n’avons pas, dans cette histoire générale de sortie de la métaphysique, de dénouement tout à fait heureux. Car « elle s’est enfuie à jamais cette expression de candeur si douce que j’aimais tant ».

   Voilà précisément ce qui se passe à la sortie de la métaphysique. La fin d’un bonheur candide de penser. L’ambiance pouvait être oppressante et, pourtant, incroyable paradoxe, la pensée était heureuse. Désormais, quelque chose est monté irrésistiblement dans les constructions métaphysiques, et d’ailleurs dans toute construction de l’esprit, quelle qu’elle soit. C’est le moi comme principe. Principe neuf et pourtant d’une force immémoriale, non métaphysique et pourtant aussi puissant que les métaphysiques. Dans le fond, c’est une libération des carcans de la pensée. Nous ne sommes plus étouffés par du principe transcendant. Nous sommes étouffés par l’intérieur. Le poids du principe est devenu poids de la pensée elle-même, poids d’une pensée entièrement faite d’impératif, d’impératif de penser quelque chose – quand il n’y a plus rien à penser.    

Published by Jean Tellez
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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 09:56

 

 

     Le numéro de février de Philosophie magazine consacre une page à Bernard Rigaud, auteur de : Henri Maldiney, La capacité d’exister, chez Germina (2012). Bernard Rigaud dirige l’Association Drogue et jeunesse (Adaje). Son centre de soins utilise la philosophie (et l’art) comme moyen de lutte contre l’addiction. La philosophie contre les drogues. Plus généralement, Bernard Rigaud souligne que la philosophie est une ressource qui peut aider à se reconstruire dans des situations de détresse.

   Cette lumineuse idée, il la puise chez Henri Maldiney : « Le thérapeute que je suis ne saurait faire l’économie de la question : qu’est-ce que l’homme ? Qu’est-ce qu’une vie humaine ? Et il est vrai que j’y réponds dans les termes de Maldiney. Ce que le centre se donne pour mission de restaurer, de libérer, c’est ce qu’il appelle la capacité d’exister. » Même si Pascal Coulon (auteur de René Girard, L’impensable violence, également chez Germina – les bons auteurs sont chez Germina), cité dans l’article, précise : « La problématique de l’addiction est d’une telle complexité qu’elle impose de rester modeste », on ne peut éviter de sentir que la voie est prometteuse.

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    Cette voie n'est pas seulement prometteuse parce que les philosophes, depuis Socrate, proposent des sagesses (soin de l’âme ou souci de l’être). Elle l’est – j’aimerais ajouter pour ma part ce point de vue, et les propos qui suivent n’engagent que moi – en tant que la philosophie est un produit. C’est l’une des choses les plus méconnues de cette vénérable discipline. Les philosophes hausseront les épaules quand on leur dira qu’ils manipulent une formule chimique, qu’ils consomment une substance, qu’ils expérimentent un psychotrope. C’est bien dommage. Ils croiront rabaisser leur activité en avouant qu’elle est fondamentalement addictive. C’est pourtant exactement le contraire.  En découvrant la nature de drogue de la philosophie, on est en mesure d’explorer ses propriétés. Herbe, résine, breuvage au principe actif entièrement à découvrir, voilà ce qu’a toujours été, ce qu’est la philosophie.

   Pour se convaincre de la nature de drogue de la philosophie, il est de nombreuses voies. J’en propose quelques unes dans La philosophie comme drogue, Germina, 2012, mais j’ai le sentiment d’avoir à peine égratigné le sujet, en outre avec une timidité que je regrette. Il faudrait se demander, par exemple, pour quelle raison une philosophie peut nous intéresser, de cette façon singulière dont elle nous intéresse. Il y a une lente accoutumance, une pente où l’on s’engage avec peine et embarras, et qui nous fait glisser, de plus en plus vite, dans une irrémédiable dépendance. La came philosophique, n’en goûtez pas si vous voulez garder la « maîtrise » de vos pensées. Le paradoxe, c’est que cette nature de stupéfiant n’empêche pas la philosophie d’être une lutte contre tous les opiums. Paradoxe ? Non, bien sûr. Il faut bien quelque contre-opium, si l’on veut se libérer de l’opium. Un opium plus fort, plus virulent.

   À noter : Pascal Coulon, qui travaille lui-même dans l’association dirigée par Bernard Rigaud, prépare un livre pour les éditions Germina : Philosophie et soin. La date de parution sera annoncée sans tarder.     

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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 17:33

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    Bientôt, aux éditions Germina (février 2013), ce texte de Jean-Pierre Faye, qui signale une origine trop méconnue des concepts derridiens de "déconstruction" et de "logocentrisme". Il est complété par un texte de Michèle Cohen-Halimi : "Jean-Pierre Faye monteur".

 

120 p., 12,90 euros

 

Sans tarder, un résumé et des extraits

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