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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 20:21

   Hier, je proposai l’idée que tout philosophe est irrésistiblement attiré par quelque pensée secrète, plus exactement par un savoir : savoir qu’il existe. Certes, le terme de savoir peut apparaître incongru en ce lieu. Savoir, c’est être tiré d’une ignorance quelconque. De quelle ignorance pourrait-on bien être tiré quand on réalise que l’on existe ? Chacun est d’emblée au fait de son existence et peut penser que, si savoir il y a, c’est le plus plat et le plus inutile (c'est-à-dire un degré zéro du savoir). Mais là est précisément la spécificité philosophique. Que j’existe, voilà qui m’apparaît chaque fois que j’y pense, et si j’ai la fibre philosophique, comme un fait nouveau, un fait qui parvient à ma connaissance pour la toute première fois. Un tel savoir devient par là même attirant, il devient un aimant logé au milieu des pensées. Comme des brins de limaille, mes pensées dispersées adoptent une forme étrange. Elles adoptent la forme qui exprime pour moi le savoir que j’existe. Je propose de définir ce phénomène comme l’intelligence. L’intelligence est un ébranlement, une mise en forme des pensées sous l’effet d’un « attracteur étrange ».

   On trouve un tel élément attirant et attracteur dans toutes les grandes philosophies et il est toujours défini comme la source de toute intelligence. Ainsi, le Bien dans la République de Platon, ou le Premier Moteur immobile dans la Métaphysique d’Aristote, explicitement présenté comme un aimant. Il est « comme le désirable et l’intelligible qui meuvent sans être mus ». Dans ces quelques mots très resserrés, il y a l’essentiel : quelque chose nous attire au double titre du désirable et du magnétique, et nous rend intelligents.

   Mais laissons ces grandes autorités et demandons-nous ce qui est susceptible de nous donner cette qualité, si étrange au fond, de l’intelligence. Elle ne peut être autre chose qu’une pensée éveillée, dynamisée. Éveillée, dynamisée par quoi ? Quelle est la source de l’ébranlement ? Nous sommes obnubilés par l’idée que l’intelligence est affaire de capacités fonctionnelles : aptitudes logiques, analytiques, intuitives. Cela est indiscutable. Mais de quelle manière une intelligence utilise-t-elle ces capacités fonctionnelles ? Sans doute d’une façon toujours un peu déroutante. Comme si l’on y faisait passer un courant, une turbulence, une inquiétude peut-être. Cherchons quelle peut bien être l’idée, la pensée perturbatrice. Savoir que l’on existe paraît le meilleur candidat.

   Faisons bien ressortir « savoir » dans cette expression. Donnons-lui toutes les résonances possibles. Entendons « contemplation », « réflexion », « méditation », « exploration »… Nous sentirons alors que le terrain emporte, que ce savoir fait décoller… Il est le plus minimal et le plus susceptible d’extension de tous les savoirs. Non qu’il nous promette des réponses : il nous promet plutôt de se multiplier en savoir à la puissance toujours plus grande, c'est-à-dire en désir d’en savoir toujours plus. C’est un savoir explorant. On peut dire alors comme Nietzsche : « Jamais un monde connaissances plus profondes ne s’est ouvert à la hardiesse des navigateurs et des aventuriers » (Par delà bien et mal, I, 23)                

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Published by Jean tellez
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