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Publié par Jean Tellez

   Le jour où tout avait basculé, Barrett avait connu sur le moment un effondrement. Une baisse du moral telle que ça en devenait plutôt anormal chez lui.

   Il s'était retiré au fond du bar, à plusieurs tables d'Esther et de Brittney.

   Curieusement, il s'accrochait encore à Ted Friedman, lequel en retour avait un pressant besoin de parler.

   Ted était l'un des avocats de Barrett, spécialisé dans le droit offshore, le droit des comptes dans des banques internationales peu regardantes sur l'identité des clients, le droit des sociétés écrans, des sociétés fictives, le droit des bidouillages financiers à grande échelle. Pour une certaine catégorie de personnes, dont les nouveaux riches, les trop riches, et aussi les gros délinquants, il était essentiel, en ce temps-là, de tout faire pour ne pas payer d'impôts.

   On pouvait s'attendre à ce que Ted fût le plus malin de tous les avocats de Barrett. Pour éviter le fisc, il fallait essentiellement cette qualité : être très malin. Ainsi s'était formée, tout autour du monde, une sorte d'aristocratie qui défendait ses privilèges et planquait son argent avec certainement infiniment plus d'astuce et de savoir technique que les gens qui cherchaient à valoriser, mettons leur petite retraite.

   « Je continue à essayer de faire le tour de la situation », disait Ted, « mais je constate que la très grande majorité des banques sont en train de cesser de faire des manières sur la préservation de l'anonymat de leurs clients. Dans le même temps, on est en train d'observer, tu as dû t'en rendre compte, un nombre invraisemblables de fuites de données bancaires sur des sites type Wikileaks. C'est en train de provoquer le même choc que les Panama Papers, mais multiplié par mille, par dix mille. La société se 'wikileakise', mon vieux, c'est comme ça. Le nombre invraisemblable de révélations de comptes cachés et de combines tordues pour dissimuler ses avoirs, cela te donne quand même une bonne idée de l'ampleur nationale et internationale du système de... eh bien, du système de la délinquance fiscale, et même bancaire... »

   Barrett serrait les dents, les poings de dépit. Il était en train de comprendre que les conseillers financiers, les administrateurs de fortune, tout ça était miné désormais, et ça allait évidemment l'être de plus en plus.

   « Je m'interroge sur ce phénomène... Il me semble que tout cela indique que le modèle que l'on suivait n'était tout simplement pas durable. Il n'est pas possible que, dans un monde où tant de problèmes globaux sont à résoudre, la plus grande partie de l'élite, ceux qui ont justement les moyens, intellectuels et financiers de s'attaquer à ces problèmes, fassent sécession et ne s'occupent que de leur confort. À un moment donné, l'idée allait bien finir par s'imposer que l'argent, c'est pour construire des infrastructures, des écoles avec des moyens décents, c'est pour créer et améliorer des services de santé, pour doter la police de moyens suffisants... Je suis en train de beaucoup réfléchir en ce moment et, si tu veux, je t'enverrai par mail les résultats, plus ou moins élaborés, de ce qui me tourne dans la tête... Enfin, pour t'en dévoiler un mot, je pense que le temps de l'égoïsme, c'est fini, et d'ailleurs, ce fameux égoïsme, je pense qu'il n'était pas si profondément ancré qu'on l'imagine chez les gens... »

   Cependant plus malin que Barrett, ça non, ça ne se trouvait pas. Une ébauche d'idée s'est vite formée dans son esprit. Il a commencé à reprendre de zéro la consultation de ses comptes, a faits des manips diverses, puis s'est levé, a dit « à bientôt » à ses chères amies Esther et Brittney.

   Soudainement, s'était imposée l'idée qu'il fallait avoir confiance en son destin. De la chance, il en avait toujours eue abondamment. L'atout de la chance, voilà ce qui restait à jouer.

 

*

 

   « Esther », dit Abel depuis la frontière israélo-libanaise où il se trouvait toujours, « je t'avais promis de te tenir au courant de nos étapes. Actuellement notre bus est garé dans un parking, à deux cents mètres de la frontière. Pas moyen de passer. Notre état d'esprit ? Peut-être que l'euphorie est un peu retombée, mais ce n'est pas plus mal, il faut surtout être calmes et concentrés dans le genre d'aventures où l'on s'est embarqués... L'armée est là, elle bloque toujours le passage. On vient d'avoir, à l'instant, un échange très vif avec les militaires. Ils ne veulent pas comprendre qu'il n'y a plus de lignes de séparation entre les États. Pourtant, c'est magnifique, tu sais, des gens se sont aventurés des deux côtés, de là-bas et d'ici, en direction de la ligne pour se réjouir de ce moment où il n'y a plus de ligne pour s'interposer entre eux. On entend d'ici des chants arabes, des tambours. »

   « Les gens là-bas, comme nous, ici, veulent passer, ils veulent fouler de leurs pieds le linéament de terre qui les rejetait les uns des autres. Il y a des pétards qui exposent et ça rend les soldats nerveux. On n'est pas à l'abri de tirs, de blessés, de morts. De notre côté à nous, il y a aussi beaucoup de monde. Surtout des femmes, arrivées en bus comme nous, d'autres venues d'un Kibboutz tout proche. Elles chantent très fort la chanson Shir LaShalom. Elles aussi veulent passer, elles veulent rejoindre leurs sœurs arabes et faire la fête. C'est incroyable de se dire qu'on se trouve dans l'un des lieux où se produit le grand chamboulement, ici, c'est la disparition de la frontière entre Israël et le Liban. Hélas, pour le moment cela ressemble à ce que l'on a toujours vu : des civils qui réclament leurs droits, qui veulent tout simplement le droit et la justice, qui veulent la paix, et des hommes en armes qui leur barrent la route et sont prêts à tirer. Nous, autour de notre bus, on tient le coup. Nous sommes des agents historiques. Oui, nous ne savons plus très bien où nous diriger pour arriver à rejoindre Paris. Mais, ce n'est pas que nous sommes sans boussole, nous sommes la boussole... »

   En Cisjordanie, dans les villages palestiniens, dans les camps de réfugiés cernés de miradors, les gens étaient allés vers les checkpoints, les points de contrôle, aux barrages routiers, vers les murs, vers les barrières, pour passer, ils voulaient célébrer l'événement de pouvoir circuler librement dans les territoires occupés, ils étaient pris à la gorge par l'émotion, d'un jour au lendemain ils n'étaient plus, du point de vue du droit des gens, désormais proclamé sur toute la Terre, les sujets suspects, fouillés, intimidés d'un État douteux de Palestine, ils n'avaient plus à subir les discriminations, les humiliations. Dignité, écartez-vous, laissez passer : ils étaient citoyens du monde. Chacun sentait le prestige d'être celui qui n'est que quelqu'un quelque part et n'a pas pour cela à en rabattre et s'en retourner chez soi.

   Dans la bande Gaza, une multitude de femmes, des enfants, des petits négociants, des collégiens, des membres d'ONG lassés de tracasseries, des gens tout simplement à bout, usés par le blocus, tout cela s'entassait au poste frontière qui ne voulait pas céder. Non que tout ce peuple eût à faire rien d'urgent de l'autre côté, mais il paraissait essentiel, symbolique, de passer immédiatement de cet autre côté.

   À Jérusalem-Est, des files de Palestiniens se sont formées pour entrer à Jérusalem, la vieille ville, la ville sainte, pour envahir l'esplanade dite des Mosquées, accourir au dôme du Rocher. Ils allaient pour y sentir, en ce grand jour, l'air du sacré.

   Ça se passait mal pour Djamila Salama, la représentante de l'ONU qui devait assurer la gestion provisoire de la Communauté de Palestine. Cette Palestinienne arrivait avec l'idée bien arrêtée de s’opposer à la logique de guerre et d'ailleurs d'interdire désormais toute guerre en Palestine. Cela impliquait, bien entendu, qu'il n'y aurait plus d'affrontements sur des questions de frontières, plus d'armées dédiées à la défense d'un territoire et, d'ailleurs, plus question de négociations de paix. La paix, c'est tout. La paix, tout de suite.

   Quiconque fomente la guerre, prépare la guerre, veut asseoir sa puissance sur la guerre doit être mis immédiatement, si l'on peut dire, hors de combat.

   Son autre idée bien arrêtée était de miser à fond sur les femmes, en particulier sur la solidarité entre femmes israéliennes et palestiniennes. Et plus généralement, elle voulait donner aux femmes une fonction d'initiatrices du nouveau monde. Ce qui s'accompagnait, dans l'immédiat, de la nécessité de les libérer une fois pour toutes de la domination masculine. Cette domination était particulièrement liée à la violence guerrière. Quelques uns devinaient déjà, en ce temps-là, que toute société qui valorisait la guerre avait quelque rapport sournois, mais très efficace, avec une guerre faite aux femmes.

   La valorisation de la guerre, c'était la légitimation de la violence faite aux femmes. Le besoin absurde d'être toujours en guerre, laissait prospérer l'oppression domestique dans toutes les sociétés qui se voulaient « traditionalistes ». En fin de compte, c'était de l'oppression dans l'oppression. On opprimait des peuples entiers, parce qu'on avait des armées, on opprimait du même coup le pouvoir des femmes. Dans l'esprit de Djamila, on allait s'allier, chrétiennes, musulmanes, juives, pour mettre fin au système pervers.

   Que certaines femmes eussent été complices de ce système, eussent accepté de porter les armes pour défendre la domination masculine, c'était une tout autre question. Et d'ailleurs, que sait-on au juste des ruses de l'Histoire ? Il faut bien que l'Histoire soit un peu rusée, parce que s'il fallait compter sur les esprits, souvent décevants, sur les compétences, souvent médiocres, des hommes, on ferait du sur-place. Cette entrée des femmes dans les armées, qui alors n'était qu'un phénomène minoritaire, annonçait cependant une nouvelle marche des choses.

   L'avion, quasiment à court de carburant, avait été contraint d'atterrir dans un aéroport en plein Sinaï, à 5 Km de la frontière israélienne. Le petit groupe, des fonctionnaires onusiens, des militants d'ONG, une petite dizaine d'officiers de toutes les armes, tous avec des casques de l'ONU, ne pouvait se permettre de rester coincé là, au milieu de nulle part. Djamila avait ordonné la réquisition de tous les taxis de l'aéroport. Le convoi s'était dirigé vers la frontière.

   À l'approche, des salves de mitrailleuses ont tout stoppé. Des forces spéciales israéliennes ont embarqué tout le monde, chauffeurs compris.

    Et pourtant, ce fait tellement nouveau que tout, désormais, fût du monde, portât la marque du monde, survoltait les esprits. Ce qui se passait à Jenine, à Naplouse, à Ramallha, ce besoin de franchir les frontières et, en quelque sorte, de les effacer de ses pas, cela avait lieu partout, les télévisions s'en faisaient l'écho, les réseaux sociaux, avec leur langue à fleur de peau, affective et sismique, amplifiaient, portaient à la transe collective. Des flambées humaines couraient, ci et là, vers beaucoup d'autres frontières. Des populations se présentaient et s'adonnaient à des franchissements de lignes qui avaient encore le goût de passages illégaux. L'humanité expérimentait, comme une découverte, sa nature de flux qu'on n'arrête pas, de sang, d'irrigation de la Terre.

   L'abolition des frontières, ça ne se passait pas toujours bien. La Grèce avait fermé son point de passage officiel avec la Turquie et refoulait les colonnes humaines, turques, afghanes, qui se présentaient. L'Italie avait fermé toutes les routes la reliant à la Slovénie, la Hongrie avait fait de même à l'égard de la Serbie.

   À Ceuta et Melilla, ce fut la tragédie. Les « enclaves espagnoles » au Maroc Ceuta et Melilla étaient, en ces temps-là, de grandes portes d’entrée pour l'immigration dite « illégale » en Union européenne. Des kilomètres de murs grillagés hérissés de barbelés, avec des miradors, des caméras de surveillance, cernaient entièrement ces deux places fortes. Réussir à les franchir relevait de l'exploit. Il fallait un courage inouï à ces jeunes gens, à ces femmes avec des enfants, pour entreprendre de franchir à mains nues ce mur de l'Europe.

   Alors que l’État espagnol connaissait la débâcle après qu'eussent été détenus à Séville à peu près tous les membres de son gouvernement, on s'attendait à ce que les forces surarmées de la Garde civile en faction aux frontières relâchent au moins leur surveillance.

   Ça a commencé, à Ceuta. Une affluence inhabituelle devant les grillages. C'était en quelque sorte, au vu des images qu'on recevait, une vision matérialisée de la pression migratoire aux portes de l’Union européenne, des gens venus de tout le Maghreb, certes, mais aussi des populations variées de l'Afrique subsaharienne, dont la Guinée Conakry. L'Afrique connaissait alors une extraordinaire explosion démographique.

   Tous les États européens avaient sombré dans le chaos, mais quelque chose en eux, dans leurs restes, s'accrochait au principe des frontières, pour des raisons qui auraient relevé de la sécurité, paraît-il, à entendre les voix qui s'exprimaient encore. Ce qui ressortait était la très grosse difficulté des bribes d’État encore en place à se secouer, à porter un regard critique sur eux-mêmes, à comprendre qu'ils n'étaient plus les maîtres du jeu, que l'Histoire venait de les dépasser. Le fameux « héritage culturel », « historique » etc., qui faisait qu'un peuple était un peuple et qu'il pouvait revendiquer, à ce titre, de la puissance, voire de l’hégémonie, ce principe n’apparaissait pas encore comme incroyablement archaïque au vu des immenses défis de la planète Terre. Cela a permis que s'installe une certaine, très dangereuse, inertie. Si dangereuse, que la révolution mondiale s'est trouvée très vite en porte-à-faux, et sans doute, sûrement même menacée d'échouer dès son éclosion.

   Pour en revenir aux franchissements de frontières des premières heures de la révolution, il ne pouvait s'agir que d'allées et venues symboliques. Il s'agissait, pour l'immense majorité des gens de goûter la saveur du nouveau monde.

   À Ceuta, au Maroc, des jeunes gens, démunis de tout, n'ayant aucun bagage, certains étaient ingénieurs, d'autres avaient des diplômes en sciences humaines, en droit, en mathématique, d'autres, certes, les plus nombreux, n'avaient rien du tout en dehors de leur détermination à vivre et de leur jeunesse qu'ils voulaient offrir au développement de l'humanité, un nombre très élevé de femmes, certaines avec des bambins très jeunes, certaines avec des bébés, certaines enceintes, d'extraordinaires mères courage, tout ce fourmillement humain a finalement donné l'assaut aux barrières. Le bélier utilisé, c'était leur corps.

   Il faut se rappeler que, dans l'espace européen, ça n'avait jamais empêché personne de confortablement vivre de savoir qu'en Afrique des centaines de millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté, que des enfants y étaient menacés de famine, que les femmes y subissaient quotidiennement des outrages, avaient un accès très limité à l'éducation, quand elles n'étaient pas épousées adolescentes, qu'un patriarcat archaïque dominait toute vie de famille, que des conflits tribaux absurdes ravageaient les villages, sur lesquels les puissances occidentales fermaient le plus souvent les yeux, sauf si des « terroristes » se glissaient parmi les fauteurs de troubles.

   Le grand mal dont l'Occident cherchait à se prémunir, l'une des raisons essentielles pour lesquelles les Occidentaux se décidaient à intervenir dans les immensités africaines, c'était la peur des « terroristes ». Le terrorisme, alors, frappait essentiellement les endroits les plus déshérités de la planète, mais il est vrai qu'il avait réussi à atteindre les pays riches en plusieurs dramatiques occasions. Alors, il fallait y aller, armés jusqu'au dents, alors il n'était plus question de chipoter sur les dépenses militaires, quand la sûreté de « nos compatriotes » était en jeu et quand notre vie insouciante, notre droit de nous divertir sur les terrasses à la tombée du jour était menacé.

   Il faut dire qu'en Occident, on se préoccupait surtout de bien vivre, et de vivre « à l'occidentale ». La bonne bouffe, la vie saine, les émissions culinaires select ou populaires, peu importait, les débats télévisés rituels, les cultes internet et culturels les plus divers. Parmi ceux-ci, il y avait la célébration des artistes engagés dans des « questions sociétales ». Écrivains, cinéastes, photographes, essayistes se faisaient beaucoup de beurre en produisant des œuvres indignées devant le traitement que recevaient les migrants, en dénonçant la fracture sociale, civilisationnelle, en donnant la parole (ou en croyant la donner) aux nouveaux précaires, aux femmes, aux marginalisés, aux minorités.

   Des réprouvés misérables avaient connu des doubles peines, eux recevaient des doubles (triples) gratifications : le fric d'une part, la reconnaissance sociale et la bonne conscience d'autre part. Ils dînaient bien, ils recommandaient parfois de bons vins, ils ne faisaient pas trop savoir dans quel bon restaurant (200 euros minimum par soirée et par personne) ils passaient des soirées grisantes, ils avaient des appartements « cosy », avec toujours des bibliothèques fastueuses de livres qu'ils prétendaient lire, ils faisaient la fête, ils répondaient avec complaisance aux interviews et aimaient jouer de l'auto-dérision, ils exprimaient leur mal-être avec délectation, passaient à des émissions télé où ils acceptaient que l'on fît de leur personne un problème passionnant à traiter.

   Une note déterminante de l'époque, et qui vous classait immédiatement dans la catégorie « bien-pensante » (laquelle avait connu un incroyable processus d'extension, tout le monde, sans vouloir le reconnaître, voulait l'être, bien-pensant, avec des afféteries pour suggérer qu'on n'aimait pas du tout l'être, même si on ne voulait que l'être) était de laisser paraître une mélancolie de fond à l'égard du « cynisme », du « relativisme », du « matérialisme » de l'époque (valeurs que, bien entendu, on épousait soi-même à fond), ou bien on avait un numéro très préparé, et très attendu, sur la perte du sens dans les sociétés occidentales, sur la tristesse à n'avoir comme perspective que de consommer (oubliant que pour une immense part de l'humanité, arriver à consommer était un défi).

   Cette inclination à se présenter comme « rebelles », « insoumis », sales gosses irréductibles, à la singularité ineffable et farouche, quand on est satisfait d'avoir des frigos pleins à déborder, de l'eau fraîche qui coule dès qu'on ouvre le robinet, des appareils électroménagers bouffeurs d'électricité et cracheurs de carbone ..., voisinait avec l'intolérable, dans le fond était du scandale, de l'impossibilité.

   Ce que tous ces jouisseurs oubliaient toujours, c'était qu'ils étaient à l'abri de forteresses : la forteresse Europe, la forteresse États-Unis.

   Ce jour-là, un essaim d'humains s'est jeté sur les grillages ultra-sécurisés de l'Europe, à Ceuta et à Melilla. Plus tard, on saurait sans doute apprécier la puissance de ce moment d'anthologie, on saurait le mythifier comme on l'avait fait pour l'attaque de la Bastille en 1789, pour l'attaque des Tuileries par les Fédérés français en 1792, pour l'attaque du Palais d'hiver à Saint-Pétersbourg en 1917 par les Bolcheviques. Mais le résultat terrible a été que les gardes-frontières ont tiré à balles réelles : des dizaines de morts ont été comptabilisés. Des centaines de blessés ont été pris en charge par la Croix Rouge, par les urgences et par le centre hospitalier universitaire de Ceuta.

   Choc immense. Tollé mondial. Point de retournement et de prise de conscience de la révolution mondiale

 

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